Le MicroScope #36 : J'ai testé le nouveau questionnaire INPI "Sécurisez votre projet"
- Valérie Donnée
- il y a 3 minutes
- 5 min de lecture
Un nouvel outil sur le Guichet Unique. Alléluia.
Depuis peu, le portail de l'INPI propose une nouvelle fonctionnalité avant d'accéder aux formalités d'entreprise : un questionnaire intitulé "Sécurisez votre projet". 7 questions, un score personnalisé, et la promesse d'être orienté vers les bons interlocuteurs avant de vous lancer.
L'intention affichée est louable. Vraiment. Créer une entreprise sans préparation, c'est effectivement risqué. Tout le monde s'accorde là-dessus.
Alors quand l'INPI - l'organisme public qui gère le Guichet Unique, passage obligé de toute création d'entreprise en France - décide de s'emparer du sujet, on est en droit d'attendre quelque chose de sérieux.
J'ai testé ce questionnaire deux fois, dans des conditions radicalement opposées. Ce que j'ai découvert mérite qu'on en parle.
Premier problème : vous n'existez peut-être pas
Dès la première question, le ton est donné.
"Quel type d'activité exercez-vous principalement ?"
3 choix :
Artisanale
Commerciale ou industrielle
Je ne sais pas
Vous êtes consultant, formateur, coach, graphiste, rédacteur, traducteur, accompagnateur, psychologue, diététicien, auxiliaire de vie, assistant administratif à domicile ? Vous cherchez votre case. Elle n'existe pas.

Source : INPI
Les activités libérales - qui représentent une part considérable des créations en micro-entreprise chaque année - sont tout simplement absentes du référentiel de l'INPI. Le Guichet Unique, plateforme censée centraliser toutes les formalités d'entreprise en France, ne sait pas que vous existez.
Bon début...
Le test grandeur nature : tout à "non"
J'ai décidé de jouer le jeu comme le ferait un créateur lambda qui débarque sans aucune préparation. Réponse "non" à tout :
Non, je ne sais pas si mon activité est réglementée
Non, je n'ai pas réalisé d'étude de marché
Non, je n'ai pas fait de plan d'affaires
Non, je ne connais pas les implications fiscales et sociales
Non, je n'ai pas demandé les aides auxquelles je pourrais avoir droit
Score obtenu : 0/6. Catégorie : "Pas prêt".

Source : INPI

Verdict de l'INPI : "Vous avez encore des éléments à travailler avant de vous lancer. Nous vous conseillons de vous rapprocher de votre réseau consulaire et de ses experts en création pour sécuriser votre projet."
Le réseau consulaire. CCI et CMA. Noté.
Deuxième passage : tout à "oui"
Même exercice, conditions inverses. Cette fois je sais tout, j'ai tout fait, je suis parfaitement préparé.

Score obtenu : 6/6. Catégorie : "En voie de finalisation".
Verdict de l'INPI : "Vous semblez maîtriser votre projet, bravo ! Néanmoins vous pouvez vérifier vos hypothèses et les approfondir lors d'un échange avec votre réseau consulaire. N'hésitez pas à vous rapprocher de votre réseau consulaire et de ses experts en création pour sécuriser votre projet."
Le réseau consulaire. CCI et CMA. Encore...
Prenons un moment pour apprécier ce que nous venons de découvrir : qu'on sache absolument tout ou qu'on ne sache absolument rien, la conclusion est rigoureusement identique. Le score évolue, le message de sortie ne change pas d'un mot sur le fond.
Ce questionnaire n'évalue pas votre préparation. Il vous oriente. La nuance est importante.
La géolocalisation :
Le formulaire demande votre code postal. Officiellement, pour vous orienter vers "les bons conseillers des Chambres de Commerce et de l'Industrie ou Chambre des Métiers et de l'Artisanat".
J'ai saisi 59960 - Neuville-en-Ferrain, dans la métropole lilloise.
Contact proposé : CMA France. 12 avenue Marceau. Paris 75008.
Le siège national de la CMA, à Paris, pour un créateur de la banlieue lilloise. La géolocalisation est plus que perfectible.
Ce que 7questions ne couvrent pas
Prenons le temps de lister ce que ce questionnaire ne vous demande pas - parce que c'est là que réside l'essentiel de ce qu'un créateur a réellement besoin de savoir.
Sur le plan fiscal et social :
Quel régime fiscal s'applique à votre activité et quelles en sont les conséquences concrètes sur vos revenus ?
Quel est le taux de cotisations URSSAF applicable à votre secteur ?
Êtes-vous éligible à l'ACRE en 2026, et savez-vous que ses conditions ont été réformées par la LFSS 2026 ?
Votre situation vis-à-vis de France Travail est-elle compatible avec votre projet de création, et comment optimiser le cumul de vos allocations ?
Connaissez-vous le seuil de TVA franchise en base applicable à votre activité, et la différence entre seuil de tolérance et seuil limite ?
Sur le plan juridique et pratique :
La micro-entreprise est-elle vraiment la forme juridique adaptée à votre projet, ou existe-t-il des alternatives plus avantageuses selon votre situation ?
Avez-vous évalué les risques patrimoniaux liés à votre statut ?
Et si vous créez une activité de Services à la Personne :
Savez-vous que vous devez obligatoirement déclarer votre activité auprès de la DREETS via la plateforme NOVA ?
Connaissez-vous la différence entre activités soumises à simple déclaration et activités soumises à agrément - et les qualifications requises selon les cas ?
Avez-vous entendu parler de l'Avance Immédiate de crédit d'impôt, dispositif qui peut considérablement améliorer votre attractivité commerciale ?
Aucune de ces questions n'apparaît dans le formulaire. Pas une.
Il existe des accompagnateurs compétents. L'INPI ne les mentionne pas.
Le "réseau consulaire" n'est pas le seul interlocuteur disponible pour un créateur d'entreprise. Il est simplement le seul que ce questionnaire daigne mentionner.
Selon votre projet, votre secteur et vos besoins, vous pouvez vous tourner vers :
Un expert-comptable, dont c'est précisément le métier que d'analyser votre situation fiscale, sociale et financière avant de vous lancer
Un avocat ou juriste spécialisé en droit des affaires, si votre projet soulève des questions juridiques spécifiques
Une BGE (Boutique de Gestion), réseau associatif d'accompagnement à la création, présent sur l'ensemble du territoire
Un accompagnateur indépendant spécialisé dans votre secteur d'activité - particulièrement pertinent quand votre secteur a des spécificités réglementaires que seule une vraie expertise sectorielle permet de maîtriser
Ces professionnels existent. Ils sont compétents. Certains sont même moins chers que les prestations consulaires.
L'INPI a simplement choisi de ne pas vous le dire.
Conclusion
Ce questionnaire n'est pas inutile du tout. Rappeler à un futur créateur qu'il doit penser à son étude de marché et à son plan d'affaires, ce n'est pas rien.
Mais présenter comme un outil d'évaluation personnalisée ce qui est en réalité "un tunnel de redirection vers CCI et CMA", quelle que soit votre situation, quelle que soit votre activité, quel que soit votre niveau de préparation... c'est trompeur.
Et orienter un créateur de Neuville-en-Ferrain vers le siège parisien de la CMA, c'est la cerise sur le gâteau.
Avant de décrocher votre téléphone pour appeler votre "réseau consulaire", prenez le temps d'identifier précisément ce dont vous avez besoin. Les questions que ce formulaire ne vous pose pas sont souvent celles dont les réponses conditionnent réellement la réussite de votre projet. Des avis ou commentaires sur ce questionnaire ? Faites-moi un retour en commentaire !



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