Le MicroScope #20 : Ce qui n’est pas écrit n’existe pas : Se protéger grâce aux écrits
En cas de litige, c'est à vous, professionnel, de prouver ce qui a été proposé, accepté et réalisé. Sans trace écrite, la preuve est difficile : vous fragilisez votre position, même lorsque vous avez raison.
MICRO-CONSEIL
Valérie Donnée
11/8/20256 min read


En cas de litige, c'est à vous, professionnel, de prouver ce qui a été proposé, accepté et réalisé. Sans trace écrite, la preuve est difficile : vous fragilisez votre position, même lorsque vous avez raison.
Pourquoi "ce qui n'est pas écrit n'existe pas" ?
Cette expression résume une réalité : en cas de désaccord avec un client, celui qui ne peut pas prouver ses affirmations est en position de faiblesse, même s'il a parfaitement raison sur le fond.
Imaginez : vous avez passé des heures au téléphone avec un client pour définir un projet. Vous vous êtes mis d'accord sur le périmètre, les délais, le prix. Tout semblait clair.
Puis, 3 semaines plus tard, le client affirme que "ce n'était pas prévu comme ça" ou "vous aviez dit que c'était inclus".
Sans écrit, c'est votre parole contre la sienne. Et devant un juge ou un médiateur, c'est celui qui prouve qui gagne.
1) Le réflexe à adopter : tout formaliser par écrit
Formaliser, ce n'est pas compliquer. C'est créer une trace claire et opposable de ce qui a été convenu. Voici ce qui doit systématiquement être mis par écrit :
L'objet de la prestation : que vendez-vous exactement ? Un logo ? Une formation de 2 heures ? Des retouches de vêtements ? Soyez précis.
Le périmètre et les exclusions : ce qui est inclus, et surtout ce qui ne l'est pas. Par exemple : "Hors rédaction des textes" ou "Hors frais de déplacement au-delà de 50 km".
Les délais : date de début, étapes intermédiaires, date de livraison finale précise. Ne dites jamais "fin novembre" mais "livraison le 28 novembre 2025".
Le prix détaillé : montant total, conditions de paiement (acompte, solde), modalités en cas de dépassement ou de modifications.
Les conditions de modification : combien de versions incluses ? Quel tarif pour les retouches supplémentaires ?
Les modalités de validation finale : comment le client confirme-t-il que le travail est conforme ?
Exemple concret : bon de dépôt d'une couturière
Vous voyez la différence ?
La version détaillée évite 95 % des malentendus et vous protège juridiquement. Si le client appelle 10 fois avant le 28 novembre, vous pouvez lui rappeler : "Comme indiqué sur le bon de dépôt que vous avez signé, la livraison est prévue le 28 novembre."
Exemple concret : devis d'un photographe événementiel
2) Ce que dit le droit
Le droit français impose aux professionnels plusieurs obligations en matière de formalisation écrite, notamment en B2C.
Charge de la preuve (Code civil, art. 1353) : celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver. Si vous voulez être payé, vous devez prouver que vous avez bien réalisé ce qui était convenu, dans les conditions convenues. Sans devis ni contrat, cette preuve devient très difficile.
Information précontractuelle (Code de la consommation, art. L.111-1 et suivants) : lorsque vous contractez avec un particulier, vous devez lui fournir des informations claires avant la signature : caractéristiques du service, prix, délais, droit de rétractation éventuel. L'absence de ces informations peut entraîner la nullité du contrat.
Protection du consommateur : la loi sera toujours du côté du consommateur face au professionnel, sauf à pouvoir prouver sa bonne foi avec un écrit. C'est pourquoi les écrits ne sont pas optionnels.
Devis obligatoire selon les activités : certaines professions (artisans du bâtiment, dépannage à domicile, déménageurs) ont l'obligation légale d'établir un devis écrit gratuit avant toute intervention. Même sans obligation légale, c'est une excellente pratique.
Conservation des documents : les documents comptables et fiscaux doivent être conservés 10 ans minimum, les documents commerciaux 5 ans.
3) Produits et services : vos preuves de fin de mission
Avoir un bon devis, c'est essentiel. Mais il faut aussi pouvoir prouver que vous avez bien exécuté votre prestation conformément à ce qui était prévu.
Pour les prestations avec un rendu physique (travaux, livraison, retouches) :
Photos ou vidéos horodatées avant, pendant et après l'intervention. Les smartphones horodatent automatiquement les photos. Ces éléments constituent une preuve difficile à contester.
Bon de livraison ou procès-verbal de restitution signé par le client attestant qu'il a bien reçu la prestation et qu'elle est conforme.
Etat des lieux contradictoire pour les interventions dans des locaux, signé par les deux parties.
Pour les prestations dématérialisées (design, rédaction, conseil, formation) :
Captures d'écran datées des livrables.
Mail de validation du client : un simple "Merci, c'est parfait, je valide" suffit comme preuve.
Comptes rendus d'étapes pour les missions longues, envoyés régulièrement par écrit.
Historique des versions sur les outils collaboratifs (Google Docs, Figma, Notion).
Règle d'or : conservez tout dans un dossier unique par client, avec un nommage clair (ex : "2025-11_Client-Martin_Retouche-Pantalon").
Rangez-y le bon de dépôt signé, les photos, le bon de restitution, la facture.
4) Les 5 écrits qui vous protègent réellement
1. Le devis ou contrat initial
Contenu minimum : identification complète des parties, objet précis, périmètre et exclusions explicites, délais avec date exacte, prix détaillé, conditions de paiement, conditions de modification, conditions d'annulation, modalités de validation finale, date et signature des deux parties.
Astuce : ajoutez une clause "Le silence du client pendant plus de 7 jours après livraison vaut acceptation." Cela vous protège contre les clients qui ne répondent jamais et reviennent deux mois plus tard.
2. Les conditions de restitution ou fin de mission
Selon votre activité : état de restitution attendu, responsabilité en cas de dégradation, modalités de validation finale, procédure en cas de réserves, délai de réclamation acceptable.
3. Les preuves d'exécution (photos, vidéos, captures, bons de livraison)
Ces preuves visuelles ou écrites attestent que vous avez bien réalisé le travail. Elles doivent être datées.
Pour l'horodatage : paramétrez votre appareil photo pour afficher date et heure, ou utilisez des apps comme Timestamp Camera. Google Photos et Dropbox conservent les métadonnées automatiquement.
4. La validation finale
C'est le document qui prouve que le client a accepté le travail.
5. L'archivage organisé
Un dossier par client ou par mission, avec un nommage clair et chronologique :
"2025-11_NomClient_NomProjet".
Rangez-y tout : devis signé, échanges importants, photos, bon de livraison, facture, preuve de paiement. Sauvegarde cloud ou disque dur externe.
Conservation minimum : 5 ans pour les documents commerciaux, 10 ans pour la comptabilité.
5) Modèles et limite d'intervention
Ce que je peux faire pour vous : vous fournir des modèles opérationnels adaptés à votre activité (devis types, bons de dépôt, contrats simples, check-lists, mails de validation), vous conseiller sur les éléments à intégrer à vos CGV, vous accompagner dans la mise en place d'un process "preuve + livraison", vous orienter vers les bons outils (signature électronique, archivage, horodatage).
Ce que je ne fais pas : rédiger vos CGV complètes et personnalisées (cela relève du conseil juridique, réservé aux avocats), valider la conformité juridique de vos contrats, vous représenter en cas de litige.
Mon accompagnement porte sur la structure et le contenu-type de vos documents. Je vous aide à poser les bases solides, que vous pourrez ensuite faire valider par un professionnel du droit si nécessaire.
FAQ
Conclusion : l'écrit, votre meilleur allié
"Ce qui n'est pas écrit n'existe pas" n'est pas une formule "pour faire peur", c'est un conseil qui peut vous éviter des centaines d'euros de pertes, des heures de stress et des nuits blanches à cause d'un client de mauvaise foi.
En formalisant systématiquement vos échanges, vous évitez 95 % des malentendus, vous vous protégez juridiquement, vous gagnez en crédibilité, vous sécurisez vos revenus et vous respectez vos obligations légales.
Ça demande un petit effort au début pour créer vos modèles et prendre l'habitude. Mais cet investissement se rentabilise dès la première mission où vous êtes protégé grâce à vos écrits.
Comme je le dis souvent : pas d'écrit, ce ne sont pas des méthodes conventionnelles ni légales. Quand on est professionnel, qu'on travaille bien, il n'y a pas lieu de vouloir éviter de laisser des traces d'un accord avec le client. C'est le B.A. BA d'une relation de confiance.
Note : cet article s'adresse aux micro-entrepreneurs en France et fournit des conseils pratiques basés sur le droit français en vigueur. Pour des situations particulières ou complexes, rapprochez-vous d'un professionnel du droit.
... pour que vous ne soyez jamais seul(e) : je prends en charge les étapes sensibles, je vous guide pour les suivantes et je vous donne les clés pour gérer sereinement votre activité.
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